Non, mais, hyper connement en plus... ça avait bien commencé, cette affaire, à un moment j'ai même cru que j'aurais droit à une mort digne de mon esprit tordu et vénéneux. Et puis non en fait. Même pas. Coup du sort.
Prenons les choses dans l'ordre. J'ai toujours eu la certitude absolue que je ne vivrai pas vieille, ou plutôt que je mourrai jeune. A l'âge de 11 ans, j'avais décidé -arbitrairement- que je me suiciderai par overdose (d'une drogue quelconque mais de préférence injectable) la veille de mes 20 ans. Mais ça s'est super mal goupillé, finalement, on était en vacances en Bretagne dans un trou paumé (là), nul dealer à l'horizon, bref, mes plans sont bêtement tombés à l'eau. J'aurais certes pu sauter de la falaise, mais il se trouve que j'ai le vertige, et puis, vraiment, c'était pas terrible comme scénario (principalement parce qu'elle surplombe une plage nudiste, et que mon corps disloqué au milieu des culs nus, je ne le sentais pas).
Bref, j'avais abandonné cette idée, finalement, résolue à laisser le destin s'en charger (mais avec une légère angoisse d'être laissée sur la touche par la fatalité, et de vivre éternellement, vieille, ridée, incontinente et oubliée de tous).
Heureusement, il n'en fut rien, puisque comme je l'ai annoncé dès l'incipit de ce billet, je suis morte aujourd'hui.
Je devais partir en vacances demain, ou après-demain, chez une de mes amies chères. Sauf que comme je dois être la championne toutes catégories en procrastination, c'était la bourre totale. A 15h, j'ai mis le Geek et les enfants dehors pour avoir place nette, puisqu'il restait en gros le ménage intégrale à faire, le linge à laver puis à sécher (oui oui, pour partir demain) et les valises à boucler, plus quelques courses histoire de ne pas arriver là-bas les mains vides.
A 16 heures, une autre de mes amies (j'ai la chance inouïes d'avoir tout tout plein d'amis plus géniaux les uns que les autres, et je dis ceci sans ironie) est arrivée à la maison (c'était prévu, oui oui, j'invite des amis la veille des départs en vacances, c'est tout moi ça). Du coup, au lieu de faire mon ménage et mon linge et mes valises comme il se devait, j'ai jasé tout l'après-midi en mangeant des éclairs à la vanille.
Je sais, je sais, tout ceci n'est guère éclairant sur les circonstances de ma disparition, mais permettez-moi de détailler quelque peu ma dernière journée... disons que c'ets ma dernière volonté.
A18h, mon amie partie, le Geek se met en tête de me faire une scène de ménage via msn. S'il avait su qu'il s'agissait là de notre dernière conversation, nul doute qu'il m'aurait entretenu d'autre chose que de bison futé... Agacée par ses semonces, je décide de mettre le turbo. Je virevolte à travers la maison, rangeant d'une main, dépoussièrant de l'autre et passant la serpière de la troisième.
18h30, je décide qu'il est temps de sortir les poubelles. Je m'habille donc (...), j'enfile mes birkenstock par dessus mes chaussettes dépareillées et je descends dans la rue, non sans avoir au préalable fermé la porte à clef pour me prémunir de toute agression ultérieure. Bien entendu il fait nuit et l'arrière cours dans laquelle je vis est plus anxiogène que jamais (d'autant plus que l'éclairage exterieur est mort). Je traverse la cour le plus sereinement possible, atteint la rue, balance mes déchets dans la benne, puis je retourne dare-dare vers mon sécurisant foyer. En arrivant au bas de mon immeuble, je lève les yeux vers mes fenêtres, et j'aperçois mon chat qui m'observe fixement. Glauque. On dirait une scène d'Hitchcock.
19h: Deezer est à fond, j'écoute "Perfet day" de Lou Reed. Je suis à quatre pattes dans ma chambre en train d'aspirer les kilos de poussières qui se traînent sous mon lit quand j'etends un bruit inhabituel. Comme un petit cri de surprise abrégé. Comme si on avait éventré mon chat, en fait. Sans prendre le temps de stopper l'aspirateur, je sors de ma chambre, un peu méfiante (tu parles oui, complètement flippée). L'aspirateur et la musique très très forte couvrent le bruit de mes pas et de ma respiration haletante. Je me glisse à travers l'appartement, aux aguets. Je vais immédiatement vérifier si j'ai bien fermé la porte à clef en remontant tout à l'heure...
Stupeur. Non seulement, elle n'est pas vérouillée, mais en plus, elle est demeurée entrouverte. Impossible. Quelqu'un est entré chez moi. Je ferme toujours correctement la porte, je sais qu'elle bloque un peu, sur la fin, qu'il faut tirer d'un coup sec. Quelqu'un est entré, c'est sûr.
Par une espèce de manque d'instinct de survie complètement stupide, je ferme la porte (à clef cette fois) et me voilà en train d'inspecter l'appartement à pas de loup, avec pour seule arme mon porte-clés Chloé l'araignée...
Sous le draps pendu à l'étendoir... personne.
Personne non plus derrière la porte de la salle de bain. Ni planqué dans les toilettes. Oufffff.
Le salon, vide.
La chambre des enfants... j'inspecte sous le lit. Derrière la porte. Dans la cabane, argh, ça bouge... le chat (enflûre). Ah ben tiens, il n'est pas mort, finalement?
Bon, ben, bizarre, cette porte ouverte et ce tueur violeur sanguinaire absent. Vraiment étrange. Encore un sale coup de mon imagination.
Je retourne dans ma chambre, le coeur battant. L'aspirateur vrombit toujours, depuis tout à l'heure, et Lou Reed marmonne encore, c'est qu'elle est longue, cette chanson.
Et là, je sais que vous vous attendez à la chute. Le tueur violeur sanguinaire a évidemment profité de mon inspection de l'appartement pour se glisser dans la chambre et m'étrangler par surprise. Et moi, naïvement, je suis là, à quatre pattes, en train d'agiter mon popotin en passant l'aspirateur sous mon lit... tout à coup, mon regard se pose sur la porte de mon placard, cette porte branlante, qui ne tient presque plus, qui ne ferme pas tout à fait. J'ai toujours eu une trouille bleue des placards entrouverts... J'aperçois une forme étrange et inquétante dans la penderie, au milieu des robes et des chemisiers...
Je me redresse d'un bond, pour ne pas laisser à mon agresseur le temps de réagir, et je tire la porte du placard d'un coup très sec. Trop sec.
BAAAAAM.
Ca faisait des mois que je demandais au Geek de me réparer cette porte, sans qu'il juge cette suggestion opportune. Regrettable erreur dont tu prendras la mesure en rentrant ce soir, mon chéri, me dis-je tandis que la porte de 40 kilos s'abbat sur mon crâne.
Oh, le crâne, à la rigueur, c'est solide, je crois qu'on sous-estime souvent sa capacité à encaisser les chocs. Non, le hic, ce sont les vertèbres. Fragiles, ces petites babioles. Craaaaaac, ça fait, quand elles s'écrasents les unes sur les autres...
Bon, Lou Reed, c'est une chouette chanson pour mourir. L'aspirateur, j'avoue, j'aime moins.
Ah, et puis, avant de sombrer, j'ai eu le temps de me rendre compte qu'il n'y avait personne, dans le placard. Evidemment. Imagination de merde.


et blablabla et gnagnagna...