Jeudi 29 octobre 2009
Aujourd'hui, je suis morte.

Non, mais, hyper connement en plus... ça avait bien commencé, cette affaire, à un moment j'ai même cru que j'aurais droit à une mort digne de mon esprit tordu et vénéneux. Et puis non en fait. Même pas. Coup du sort.

Prenons les choses dans l'ordre. J'ai toujours eu la certitude  absolue que je ne vivrai pas vieille, ou plutôt que je mourrai jeune. A l'âge de 11 ans, j'avais décidé -arbitrairement- que je me suiciderai par overdose (d'une drogue quelconque mais de préférence injectable) la veille de mes 20 ans. Mais ça s'est super mal goupillé, finalement, on était en vacances en Bretagne dans un trou paumé (), nul dealer à l'horizon, bref, mes plans sont bêtement tombés à l'eau. J'aurais certes pu sauter de la falaise, mais il se trouve que j'ai le vertige, et puis, vraiment, c'était pas terrible comme scénario (principalement parce qu'elle surplombe une plage nudiste, et que mon corps disloqué au milieu des culs nus, je ne le sentais pas).

Bref, j'avais abandonné cette idée, finalement, résolue à laisser le destin s'en charger (mais avec une légère angoisse d'être laissée sur la touche par la fatalité, et de vivre éternellement, vieille, ridée, incontinente et oubliée de tous).

Heureusement, il n'en fut rien, puisque comme je l'ai annoncé dès l'incipit de ce billet, je suis morte aujourd'hui.

Je devais partir en vacances demain, ou après-demain, chez une de mes amies chères. Sauf que comme je dois être la championne toutes catégories en procrastination, c'était la bourre totale. A 15h, j'ai mis le Geek et les enfants dehors pour avoir place nette, puisqu'il restait en gros le ménage intégrale à faire, le linge à laver puis à sécher (oui oui, pour partir demain) et les valises à boucler, plus quelques courses histoire de ne pas arriver là-bas les mains vides.

A 16 heures, une autre de mes amies (j'ai la chance inouïes d'avoir tout tout plein d'amis plus géniaux les uns que les autres, et je dis ceci sans ironie) est arrivée à la maison (c'était prévu, oui oui, j'invite des amis la veille des départs en vacances, c'est tout moi ça). Du coup, au lieu de faire mon ménage et mon linge et mes valises comme il se devait, j'ai jasé tout l'après-midi en mangeant des éclairs à la vanille.

Je sais, je sais, tout ceci n'est guère éclairant sur les circonstances de ma disparition, mais permettez-moi de détailler quelque peu ma dernière journée... disons que c'ets ma dernière volonté.

A18h, mon amie partie, le Geek se met en tête de me faire une scène de ménage via msn. S'il avait su qu'il s'agissait là de notre dernière conversation, nul doute qu'il m'aurait entretenu d'autre chose que de bison futé... Agacée par ses semonces, je décide de mettre le turbo. Je virevolte à travers la maison, rangeant d'une main, dépoussièrant de l'autre et passant la serpière de la troisième.

18h30, je décide qu'il est temps de sortir les poubelles. Je m'habille donc (...), j'enfile mes birkenstock par dessus mes chaussettes dépareillées et je descends dans la rue, non sans avoir au préalable fermé la porte à clef pour me prémunir de toute agression ultérieure. Bien entendu il fait nuit et l'arrière cours dans laquelle je vis est plus anxiogène que jamais (d'autant plus que l'éclairage exterieur est mort). Je traverse la cour le plus sereinement possible, atteint la rue, balance mes déchets dans la benne, puis je retourne dare-dare vers mon sécurisant foyer. En arrivant au bas de mon immeuble, je lève les yeux vers mes fenêtres, et j'aperçois mon chat qui m'observe fixement. Glauque. On dirait une scène d'Hitchcock.

19h: Deezer est à fond, j'écoute "Perfet day" de Lou Reed. Je suis à quatre pattes dans ma chambre en train d'aspirer les kilos de poussières qui se traînent sous mon lit quand j'etends un bruit inhabituel. Comme un petit cri de surprise abrégé.  Comme si on avait éventré mon chat, en fait. Sans prendre le temps de stopper l'aspirateur, je sors de ma chambre, un peu méfiante (tu parles oui, complètement flippée). L'aspirateur et la musique très très forte couvrent le bruit de mes pas et de ma respiration haletante. Je me glisse à travers l'appartement, aux aguets. Je vais immédiatement vérifier si j'ai bien fermé la porte à clef en remontant tout à l'heure...

Stupeur. Non seulement, elle n'est pas vérouillée, mais en plus, elle est demeurée entrouverte. Impossible. Quelqu'un est entré chez moi. Je ferme toujours correctement la porte, je sais qu'elle bloque un peu, sur la fin, qu'il faut tirer d'un coup sec. Quelqu'un est entré, c'est sûr.

Par une espèce de manque d'instinct de survie complètement stupide, je ferme la porte (à clef cette fois) et me voilà en train d'inspecter l'appartement à pas de loup, avec pour seule arme mon porte-clés Chloé l'araignée...

Sous le draps pendu à l'étendoir... personne.

Personne non plus derrière la porte de la salle de bain. Ni planqué dans les toilettes.  Oufffff.

Le salon, vide.

La chambre des enfants... j'inspecte sous le lit. Derrière la porte. Dans la cabane, argh, ça bouge... le chat (enflûre). Ah ben tiens, il n'est pas mort, finalement?

Bon, ben, bizarre, cette porte ouverte et ce tueur violeur sanguinaire absent. Vraiment étrange. Encore un sale coup de mon imagination.

Je retourne dans ma chambre, le coeur battant. L'aspirateur vrombit toujours, depuis tout à l'heure, et Lou Reed marmonne encore, c'est qu'elle est longue, cette chanson.

Et là, je sais que vous vous attendez à la chute. Le tueur violeur sanguinaire a évidemment profité de mon inspection de l'appartement pour se glisser dans la chambre et m'étrangler par surprise. Et moi, naïvement, je suis là, à quatre pattes, en train d'agiter mon popotin en passant l'aspirateur sous mon lit... tout à coup, mon regard se pose sur la porte de mon placard, cette porte branlante, qui ne tient presque plus, qui ne ferme pas tout à fait. J'ai toujours eu une trouille bleue des placards entrouverts... J'aperçois une forme étrange et inquétante dans la penderie, au milieu des robes et des chemisiers...

Je me redresse d'un bond, pour ne pas laisser à mon agresseur le temps de réagir, et je tire la porte du placard d'un coup très sec. Trop sec.

BAAAAAM.

Ca faisait des mois que je demandais au Geek de me réparer cette porte, sans qu'il juge cette suggestion opportune. Regrettable erreur dont tu prendras la mesure en rentrant ce soir, mon chéri, me dis-je tandis que la porte de 40 kilos s'abbat sur mon crâne.

Oh, le crâne, à la rigueur, c'est solide, je crois qu'on sous-estime souvent sa capacité à encaisser les chocs. Non, le hic, ce sont les vertèbres. Fragiles, ces petites babioles. Craaaaaac, ça fait, quand elles s'écrasents les unes sur les autres...

Bon, Lou Reed, c'est une chouette chanson pour mourir. L'aspirateur, j'avoue, j'aime moins.



Ah, et puis, avant de sombrer, j'ai eu le temps de me rendre compte qu'il n'y avait personne, dans le placard. Evidemment.  Imagination de merde.





Par Nepenthes - Publié dans : les salades - Voir les 9 commentaires - Ecrire un commentaire - Recommander
Lundi 26 octobre 2009

Amateur d'humour vénéneux, ne lis pas ce billet! Je doute d'être capable d'y glisser quelques bons mots. Amateur de pathos à distance, lis donc, tu seras servi mon ami.

 

Six mois avec la SEP, donc, ou plutôt six mois que nous savons. Il y a six mois pile, le Geek rentrait à la maison avec des photographies de sa cervelle bourrée d'hypersignaux. Il y a six mois pile, la neurologue lui demandait de choisir entre une piqûre tous les jours sans trop d'effets secondaires ou une piqûre tous les mois avec des effets secondaires. Il y a six mois il a fallut qu'il appelle sa mère et qu'il la console parce qu'il est malade.

 

Je n'ai pas envie de reparler des premiers mois, de disperser le brouillard qui les enveloppe. J'ai presque oublié les abîmes d'angoisse dans lesquelles nous avons plongé alors, et je compte bien les laisser dormir éternellement au fond de ma mémoire.

 

Je ne pensais pas que ça irait si vite. Je pensais qu'on aurait du temps, cinq ans, ou quinze... Bien sûr, les choses ne sont pas catastrophiques, loin de là. Mais elles ne sont plus non plus ce qu'elles étaient, et elles changent tout le temps. Il faut s'habituer à cette mouvance perpétuelle, aux moments de pires et aux moments de mieux.

 

La panique est passée. Les jours se suivent et les émotions se délavent. Le Geek digère, la maladie n'est plus un spectre, une épée de Damoclès comme à l'annonce, elle est désormais quotidienne, enveloppe, compagne. Quant à moi, ce n'est pas parce que je ne pleure plus quand on me demande si ça va que ça va. Si je ne m'étends pas pour répondre, c'est justement pour ne pas pleurer.

 

Tiens d'ailleurs, ça aussi. C'est marrant comme ça lasse vite, la SEP. Passé l'effet d'annonce, l'histoire triste qui n'arrive pas à soi à partager, y a plus grand chose de spectaculaire à dire. Le délitement est tellement long. Alors les gens oublient de faire semblant de s'y intéresser, de faire semblant d'être empathique. Et même si toute cette complaisance -que dis-je, cette pitié- était indigeste au possible, ce soudain men-foutisme me fait parfois nous sentir bien seuls.

 

Aujourd'hui, où en est-il? Où en est-on? Là aussi, je crois que je n'ai pas envie de de trop m'étendre sur la douleur physique quasi quotidienne, parfois insoutenable, qui lui donne envie de ne surtout pas vivre vieux. Pas non plus envie de parler de ce qu'il ne peut plus faire comme avant, marcher longtemps, travailler, être léger et insouciant. Pas envie de dire qu'il vit des crises qui lui rendent les autres (les enfants et moi en première ligne) insupportables, et qu'alors, il faut partir, pour qu'il se repose, se calme. Ni de dire qu'il est tellement positif qu'il ne veut plus m 'épouser (oui je sais, moi j'ai jamais voulu) « pour ne pas que je me sente coincée avec un handicapé ». Rien de bien grave en somme. Juste notre nouveau quotidien, qui remplace l'ancien, celui où ça n'allait pas toujours bien, mais où tous les soucis semblaient solubles. Aujourd'hui, souvent, ça va. Mais parfois, on approche dangereusement des limites du supportable. Pas tous les jours, c'est vrai, mais en toile de fond, chape présente, pesante, et sans échappatoire.

 

Mais c'est encore frais tout ça. Six mois, c'est peu pour apprendre à vivre avec. Et quand même, on sourit, on rit, on en plaisante même. Et surtout, on s'aime. On a déjà fait des progrès. On va continuer.

 

- Pathos. J'avais prévenu.

 







Par Nepenthes - Publié dans : sel - Voir les 9 commentaires - Ecrire un commentaire - Recommander
Vendredi 16 octobre 2009
Aujourd'hui, j'ai tenté d'inaugurer les vendredis musicaux dans ma "nouvelle" classe.

Je rappelle le concept aussi ingénieux que révolutionnaire: les élèves ramènent  chaque vendredi un disque qui leur est cher, on tire au sort (sans jamais tricher même quand le choix est abominable - hum hum) et l'heureux élu fait écouter sa chanson à ses camarades pendant le goûter de 10h

Suite à un problème technique (on a fauché le lecteur CD de ma classe et on l'a sournoisement remplacé par un lecteur qui ne fonctionne pas), l'élève tiré au sort la semaine dernière n'a malheureusement pas pu nous faire écouter sa chanson fétiche. Imaginez l'âbime de déception où alors j'ai sombré: il avait emmené l'album Grégory Lemarchal...
Nous lui avons donc fait promettre de nous le ramener cette semaine, mais comble du désespoir, avec toute l'insouciance liée à son jeune âge, le garçon a oublié... quelle tristesse...!

Je me vois donc contrainte d'inaugurer moi-même ce premier vendredi muscial de l'année (scolaire).

Et après avoir longuement hésité entre Gossip -parce que je ferais bien l'amour avec Beth Dito- et  Emilie Simon -parce que je lui piquerais bien son collier poulpesque- j'ai choisi:

Caravan Palace (Thiébault, je te loue pour cette découverte).

Par contre, ayant eu ma dose de choix cornélien, je n'ai pas su départager 'Suzie" et "Jolie Coquine". Qu'importe, écoutons les deux (mais surtout pas simultanément...)!



Caravan Palace - Suzy

Promis, Grégory Lemarchal enchantera nos oreilles vendredi prochain...
Par Nepenthes - Publié dans : musical vendredi - Voir les 4 commentaires - Ecrire un commentaire - Recommander

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