Huit interminables fils et un corps en apesanteur.
Chaque nuit, un faucheux me murmure des choses à l'oreille. Son chant est magnifique, c'est le timbre chaud de la Reine de la nuit qui jaillit de son gosier minuscule. Elle -car c'est une faucheuse, en réalité, je le sais car elle a de longs cils et aucun poil aux pattes- me sussure sans venin, sans menace des messages d'espoir.
Car les faucheux sont des Mercure, des présages, toujours amers le matin et toujours douloureusement doux le soir. Je m'estime chanceuse, donc, de croiser la mienne sous la lune, avant, bien avant le lever du soleil.
Elle sait que je descends la voir, elle se prépare à me rejoindre dès qu'elle entend claquer la porte de mon appartement, se précipite, rampe et glisse au-dessus des brins d'herbes folets de mon jardin mal entretenu, jusqu'à moi. Elle grimpe alors sur la plus longue tige et plonge ses yeux dans les miens. Je tends la main, elle y grimpe, pas farouche, se niche dans mon cou, sous le lobe, là où ça frissonne au moindre frôlement. Elle y reste un moment, immobile, légère et silencieuse, et nous goûtons toutes les deux la sérénité du milieu de la nuit et l'évidence d'être au monde. Puis elle s'approche du pavillon en douceur et entonne comme on chuchotte son chant miraculeux, primitif, dans sa langue de faucheuse, suave, profonde et grave, elle me chante l'Infini, l'Universel, la Gravité aussi, termine sur une promesse.
Puis elle retourne en silence, sans un regard en arrière, à ses faucheuses occupations.


et blablabla et gnagnagna...